Chronique d'un été

Guy Cassier et Valérie Dréville

Du 18 mai au 04 juin

Dans les années 1960, le "Cinéma Vérité" a dévoilé et présenté les personnages dans leur spontanéité. Dans ‘Chronique d'un Été’, un film de recherche selon les réalisateurs Edgar Morin et Jean Rouch, ces cinéastes discutent et expliquent la direction du scénario alors qu'ils sont eux-mêmes filmés. Avec ce film, ils voulaient créer un climat de conversation, de discussions spontanées familières et libres, où émergeaient la nature profonde de leurs personnages et de leurs problèmes.

Bouche
© Andreea Pop

Note d’intention du metteur-en-scène Guy Cassiers

Avec ce projet je souhaite inviter les nouvelles générations à entamer un dialogue avec le matériau d'origine, selon les mêmes règles proposées par Rouch et Morin à l’époque. La fin ouverte proposée dans ce film me semble être une invitation à poursuivre la réflexion aujourd'hui par l’intermédiaire du théâtre, quelque soixante-trois ans après que le film a rencontré son premier public.

Par le biais du théâtre, nous allons chercher à générer un dialogue entre 1961 et aujourd'hui, entre les personnages du film et des acteur·ices d'aujourd'hui. Qu'est-ce qui a changé ? Quels sont les problèmes auxquels nous sommes toujours confrontés ? Nous posons à nouveau la question qui est le credo du film de Rouch et Morin: “Où va-t-on?”

Sur la scène, deux mondes seront représentés simultanément. Le film ‘Chronique d'un Été’ est projeté et reste le fil conducteur, mais il est régulièrement interrompu. Pendant ce temps, des caméras filment en direct les nouveaux interprètes qui jouent avec les images d’origine du film tout en ajoutant une nouvelle couche de lecture en incorporant leurs propres découvertes. Ce qui était alors une nouvelle manière de réaliser des films peut nous inspirer pour inventer une nouvelle manière de faire du théâtre, avec une idée sous-jacente importante: “Jusqu'à quel point le film, et indirectement le théâtre, peuvent-ils être réels, véridiques?” Nous nous interrogeons sur le présent tout en rejouant le passé. Il va sans dire que l'improvisation et la recherche deviennent une partie importante du processus de répétition, mais pas du résultat final.

Production

J’envisage de réunir cinq maisons partenaires, pour créer en un an six mini-représentations, ou épisodes d'environ 40 minutes. Il s'agit de théâtres francophones répartis entre différentes villes en France et en Belgique. Les différences entre ces territoires sont importantes et doivent également se refléter dans le choix de la distribution et des collaborateur·ices.

Le choix des 6 interprètes est laissé libre pour être en accord avec le projet de chaque maison. Il peut s'agir d'acteur·ices professionnel·les, mais pas nécessairement. L'objectif principal est la diversité, à la fois en termes d’origine, de genre et d'âge. Il est important que chaque ville impliquée retrouve son ADN dans la distribution. Chaque mini-stage sera d’une durée de trois semaines.

Les conditions techniques seront les mêmes partout, basées sur la présence d’un régisseur général qui coordonne tout le projet, et de l’appui des permanent·es techniques de chaque maison. Chaque spectacle est représenté au sein du théâtre où il a été créé.

La deuxième étape du projet consiste à réunir les cinq distributions pendant 4 semaines, afin de créer un nouveau spectacle à partir des matériaux obtenus “localement”. Nous chercherons à transcender l’échelle locale pour créer une grande forme issue du dialogue entre les distributions des 5 maisons différentes, ce qui lui donnera une dimension internationale. Cette intention nous ramène à Rouch et Morin qui, lors de la séquence du film tournée au Musée de l'Homme, réaffirme leur quête de donner de manière ludique une image ‘vraie’ d'une nation, tout en reconnaissant son impossibilité. Cette ambition me touche tellement que j'ai envie de poursuivre ce rêve.

Il va de soi que toutes les étapes du processus seront filmées, afin que non seulement le matériel puisse être utilisé directement au plateau dans les épisodes, mais aussi pour qu'il produise finalement une nouvelle ‘Chronique’ en tant que document autonome, qui à son tour pourra vivre sa propre vie en tant que film.

Guy Cassiers

De ses études d’arts graphiques à l’Académie royale des beaux-arts d’Anvers, Guy Cassiers a gardé le désir de fabriquer des images fortes. L’originalité de son travail de metteur en scène réside dans sa capacité à forger un langage théâtral qui associe aux textes dramatiques, littéraires ou poétiques, l’emploi de caméras, d’images vidéo, de paroles projetées et de musique interprétée en direct. Sa recherche passe aussi par le désir de partager le processus de création avec des plasticiens, des scénographes, des vidéastes et bien sûr des auteurs, tel Tom Lanoye, ainsi que des acteurs. C’est dans cet esprit qu’il a dirigé jusqu’en 2021 une grande scène flamande de Belgique, le Toneelhuis d’Anvers. Foncièrement engagé, le théâtre de Guy Cassiers s’intéresse à l’histoire de l’Europe, à travers une analyse des discours qui s’y développent et des forces sociopolitiques qui s’y affrontent, sans négliger la dimension humaine de cette histoire. À Vidy, il présente Rouge décanté en 2016, Antigone à Molenbeek & Tirésias (avec Valérie Dreville) en 2022.

Valérie Dréville

Formée à l’École de Chaillot – notamment par Antoine Vitez qui la dirigera plus tard dans Le Soulier de satin de Claudel en Avignon (1988) –, passée par le Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris puis la Comédie-Française, Valérie Dréville a travaillé avec les plus grands artistes de la scène française et internationale (Claude Régy, Anatoli Vassiliev, Alain Françon, Jean-Pierre Vincent…) et du cinéma (Jean-Luc Godard, Alain Resnais, Philippe Garrel, Arnaud Desplechin, Nicolas Klotz, Michel Deville, Laetitia Masson, Jeanne Balibar, Laurent Bouhnik, Jeanne Labrune ou Yasmina Reza). Elle a été artiste associée du Festival d’Avignon. En 2013, elle travaille avec Thomas Ostermeier pour Les Revenants d’Ibsen, et à l’automne, elle est dirigée par Krystian Lupa dans Perturbations au théâtre de Vidy-Lausanne, puis en tournée en France. En 2016, Thomas Ostermeier lui offre le rôle principal de La Mouette d’Anton Tchekhov, et en 2018 Sylvain Creuzevault la dirige dans Les Démons de Fiodor Dostoïevski. Cette même année, elle collabore avec Jérôme Bel dans Danse pour une actrice (présentée à Vidy en 2020). En 2019, elle est Tirésias dans Antigone à Molenbeek & Tirésias, mis en scène par Guy Cassiers (présenté à Vidy en 2022). Elle prépare actuellement L’Echo, une création de Nacera Belaza.