La guerre n'a pas un visage de femme
Neuf femmes réunies dans un appartement soviétique reconstitué confient leurs souvenirs de la grande guerre patriotique à une jeune journaliste. Un tourbillon de mots puisés dans l’oeuvre de Svetlana Alexievitch, qui prolonge chez Julie Deliquet un théâtre documentaire à hauteur d’êtres.
Elles ont été brancardière, lieutenante, pilote d’avion ou navigatrice pendant la Seconde Guerre mondiale. 800 000 femmes russes engagées contre le nazisme, dont l’histoire a effacé le rôle à leur retour de la guerre. Dans les années 70, Svetlana Alexievitch, prix Nobel de littérature, brise le silence et part interroger ces femmes dans une enquête fleuve qui durera sept ans. Julie Deliquet embrasse ce torrent de mots au féminin, dont elle a fait un dantesque montage-collage. Avec une urgence à dire, les dix comédiennes empoignent cet oratorio polyphonique, dont l’ordre des répliques, rebattu chaque soir, maintient un naturel de l’instant de haute intensité. Privilégiant les à-côtés de la guerre – cycles menstruels, uniformes trop grands, faim, viols – aux grandes batailles, ces femmes s’éloignent volontairement du mythe. Entre les murs de cet appartement surchargé de meubles surannés, c’est l’Histoire qui s’humanise.
D’après le livre de Svetlana Alexievitch
Mise en scène Julie Deliquet Avec Julie André, Astrid Bayiha, Évelyne Didi, Marina Keltchewsky, Odja Llorca, Marie Payen, Amandine Pudlo, Agnès Ramy, Zoé Briau et Hélène Viviès. Traduction : Galia Ackerman, Paul Lequesne. Version scénique : Julie André, Julie Deliquet, Florence Seyvos. Collaboration artistique : Pascale Fournier, Annabelle Simon. Scénographie : Julie Deliquet, Zoé Pautet. Lumière : Vyara Stefanova. Costumes : Julie Scobeltzine. Régie générale : Pascal Gallepe. Construction du décor : atelier du Théâtre Gérard Philipe, centre dramatique national de Saint-Denis. © Christophe Raynaud de Lage.
Production : La Colline - théâtre national. Coproduction : Théâtre Gérard Philipe, centre dramatique national de Saint-Denis ; Cité Européenne du théâtre – Domaine d’O, Montpellier ; Comédie – CDN de Reims ; Nouveau Théâtre de Besançon – CDN ; La Comédie de Béthune – CDN Hauts-de-France ; Théâtre National de Nice – CDN ; L’Archipel – scène nationale de Perpignan ; Équinoxe – scène nationale de Châteauroux ; Les Célestins, Théâtre de Lyon ; La Rose des Vents –scène nationale Lille Métropole-Villeneuve d’Ascq ; l’EMC91 – Saint-Michel-sur-Orge ; Le Cercle des partenaires du TGP.Avec le soutien du dispositif d’insertion professionnelle de l’ENSATT. Le texte est publié dans son intégralité aux éditions J’ai lu.